
Fort loin de moi la ridicule idée de reprocher à d'autres l'usage de qualificatifs excités, d'épithètes subjectivement enflés, tandis que les lignes accumulées ici entassent quotidiennement de telles complaisances avec la même (et orgueilleusement sourde aux reproches) application (d'aucuns, fols !, poussant le bouchon jusqu'à nous déplorer l'alambiqué de la syntaxe (y'en a, j'vous jure !)...).
Cependant le micro-débat qui s'est timidement amorcé lors d'une récente note Eastwoodienne du Doc Orlof m'amène à considérer différemment, apportant de fait un savoureux bémol, les « (en)volées de bois vert » lexicalement hardies lorsqu'elles se teintent d'encombrante morale (on ne choisit ainsi pas de qualifier un film de nauséabond, de répugnant ou d'ignoble simplement parce qu'il est photographié à la va-comme-je-te-zoome !).
Ainsi en est-il pourtant dans le papier du Doc à l'occasion de deux Clinteries frappées, au détour d'une petite sentence assassine, d'un sceau férocement infamant (nous préciserons là que je ne suis pas un féru absolu du Cliniswoode et que c'est bien par pur esprit de contradiction, déchiffrant les amères lignes, que le sang m'échauffa). J'évoquerai lapidairement plus bas l'une d'entre elles (n'ayant jamais vu Le Maître de Guerre), et ce par pur prétexte, au fond, cherchant à illustrer la réaction épidermique qu'a suscité en moi l'une des autoritaires prescriptions de l'ordonnance vacharde du Doc.
Car il n'est rien de mieux que fustiger les abjects écarts moraux, les odieux défauts éthiques d'une oeuvre, d'en stigmatiser le discours salingue, d'en pointer encore, robespierrien, l'ordurerie insane pour me la rendre dés lors singulièrement attirante (pas dupe et saint-thomassien en diable, je ne me fie en effet en ces occasions toujours suspectes qu'à mes yeux et propres affects): qu'elle froisse de la sorte les susceptibilités, les moods politiques, les petits conforts d'esprit ou les opinions immaculées, a ainsi souvent le don de me la rendre sympathique (pour peu qu'elle soit bien gaulée: je n'en suis pas à louer Tir Groupé ou Légitime Violence, copies foireuses de Bronson d'autre envergure (si, si !)) ou à tout le moins curieuse...
donc merci mon bon (et trop raréfié par chez nous) Doc d'avoir attiré ma rétine sur La Sanction à laquelle je viens enfin (fort déçu toutefois par l'excessif effet de votre effarouchée condamnation (qui conserve cependant intacte votre faculté communicative, vous le noterez)).
Quatrième réal du gars Clint, fichtrement méconnue (entendez "par nous autres" !), ce thriller d'espionnage maniant les amples panoramiques (du désert US aux sommets de chez Ricola) et les punchlines les plus conventionnellement réacs* (racisme lite, sexisme de surface et franche homophobie... rien de bien méchant non plus tant tout est spectaculairement frontal), autant que les clichés du genre (volontiers abscons et/ou ultra-typés), file patiemment le personnage dirtyharryesque de l'Eastwood (même si on tentera de nous le vendre tout d'abord comme un prof d'art, amateur de toiles de maîtres (surtout Pissaro !) et refusant les avances de ses élèves, lubie apéritive aussi ironique que bigrement roublarde...) tout en préfigurant par ailleurs contextuellement la lointaine (alors) cinégénie d'actionners enneigés, et à la réussite variable, tels Cliffhanger ou Randonnée pour un Tueur...
On aura beau fouiller, gratter, ergoter... il y a loin de la coupe de l'ignoble aux lèvres de l'engoncé cinéphile !
Sérieux, honnête, consciencieux, calibré et peu ramenard, un tantinet mineur aussi (passé un remarquable scope tout de même, occasion de plans assez remarquables !), voilà ce qu'au surplus on pourra arguer. Les cris d'orfraies (on s'en doutait un brin) ne parvenant, à notre humble sens, à se justifier ici pour si peu...
Concédons alors que les coups de chaud analytiques, les rendez-vous manqués avec la tonalité d'une oeuvre n'épargnent personne... nous les premiers (il est d'ailleurs temps que nous reconsidérions Ne Réveillez Pas un Flic qui Dort qui nous avait fait autrefois monter sur nos grands chevaux benoîtement anti-fachos; la lecture depuis du texte original de Fajardie (calanché tout dernièrement) nuançant un tout petit peu l'effet atroce que nous avait fait l'adaptation du Delon-oui-oui Pinheiro) !).
D'ailleurs, à propos de nauséabond, n'avions-nous pas récemment trouvé que Les Ch'tis puaient plutôt des pieds ?
Clint Eastwood (1975)
*L'amateur se laissera cueillir par un saugrenu
"Va te faire baiser par Marlon Brando !"