10 juillet 2009

Aïe !

SILENCE RADIO
(pour une petite quinzaine)

06 juillet 2009

Cotton Club

COMING SOON

03 juillet 2009

Doomsday

Marshall (Dog Soldiers, The Descent) avait visiblement une telle soif d'hommages qu'un simple remake ne pouvait le satisfaire – comme JF Richet et son Assaut sur le Central 13, d'honnête mémoire (n'en déplaise à Krap' !). Il lui fallait une trame lui permettant de saluer et clindoeiller un à un et tour à tour (au risque d'une audacieuse (ridicule ?) cohabitation de genres).
Sur le papier, le projet-zapping que constitue Doomsday semblait casse-gueule, à l'écran c'est sans doute pire encore. Car si l'amateur éclairé se gargarisera de reconnaître les passages* « à la Mad Max 2 » (et à toute sa descendance ritalement dégénérée !), les allusions (contextuelles) à La Chair et le Sang, les fugaces panoramiques tolkieno-jacksoniens, les perceptibles emprunts à Aliens, ceusses faits encore à Ghosts of Mars et les autres enfin, maousses et envahissants, faisant allégeance à New York 1997 (surtout !) et son auteur en général (un des personnages s'appelle d'ailleurs Carpenter et Tyler Bates, le compositeur, pastiche sans peine visible la patte de John)... la stérile posture est fragilisée plus encore par l'impression tenace d'avoir affaire à une démarche chapeautée par l'Europa Corp de Luc Besson ! L'héroïsme féminin nimbant l'affaire a ainsi des relents bien plus nikiteux que ripleyens, la naïveté des caricaturales considérations politiques rythmant quant à elle la quête (régulièrement relayées par un dannythedogesque Bob Hoskins, loin, très loin de sa superbe) a tout du brouet philosophique façon 5ème Elément (pas si loin non plus des molles séquences de pouvoir émaillant le Land of the Dead de Romero) et l'apparence malpolie du tout paraît simplement opportuniste et facheune. Ajouter à cela des gros villains digne de Banlieue 13 (déjà lui-même héritier de NY97) et une défiance amère à l'endroit des puissants étatiques d'un démonstratif et d'un didactique tels qu'ils se désamorcent illico, font que la production fait irrémédiablement pschiit.
Le geek indécrottable, ravi de se faire caresser ainsi le ventre et flatter la gorge (et j'en connais !), vous dira peut-être et pourtant tout le fun de l'affaire*, d'autant que le titre est en outre prodigue en complaisances (beaucoup de « blagues » à base de têtes coupées, par exemple) et autres gratuités gore (on est loin de la puissance abstraite qu'atteignaient celles d'un John Rambo, par exemple), et flatte toujours un peu le fan de tuning qui sommeille en chacun de nous (comme l'évoque B. de Multa Paucis, le film à ce titre est un piètre négatif du Boulevard de la Mort de Tarantino !)... un Z de première bourre en somme ! Mais s'il a les moyens financiers de dépasser ses prédécesseurs bensono-castellariens qui singeaient les œuvres majeures dans l'espoir d'en ramasser quelques miettes, le film de Marshall en a à peine plus de qualités formelles. Monté comme un énième opus du Transporteur, ne croyant jamais à son propos (ni à ses persos) à force d'envahissant hommage et de complicité forcée, le film ne prend jamais au sérieux la moindre de ses parties et gâche la plupart de ses atouts (Craig Conway, qui campe un Sol plein de "flippantes" promesses dignes d'un neo-Wez, finit par virer pathétique bouffon punkoïde et guère plus) et séquences (la poursuite tribal-punk est un pétard mouillé du plus navrant effet). Alors certes le spectacle est bien là, mais entre cliperie, fête foraine et videogame... le Cinéma qu'on trouvait chez les Maîtres ici salués a paradoxalement été oublié au passage...
Neil Marshall (2008)
* en même temps nous nous le sommes envoyé
sans grande difficulté !

27 juin 2009

La Sélec' (27 juin/3 juillet)

Deuxième semaine estivale téhèntéo-télévisuelle
en dessous de la précédente (déjà ?!),

plus avare en gros jalons...
mais un peu de grain eightdayzaweekien
à moudre tout de même...
Un peu.


PRETE A TOUT – Dimanche 28 – France 4 20h35
Gus van Sant, 1995 (To Die For)
Mauvaises manières et politiquement peu correct ici avec ce portrait d'arrivisme télévisuel qu'aurait pu signer John Waters (on pense à Serial Mom) ! La Kidman, loin de chez Chanel mais un peu plus proche de Campion et Kubrick est sérieusement épaulée pour laisser libre cours au cruel petit jeu de massacre: Matt Dillon, Joaquin Phoenix, Casey Affleck... le Gugusse s'entoure de jeunes ephebes comme il (les lui ?) faut pour un titre assez iconoclaste dans sa filmo plus homo...gène ailleurs.

LA LOI DU MILIEU – Dimanche 28 – France 3 1h20
Mike Hodges, 1971 (Get Carter)
Quelques temps avant de s'embarquer dans une séquelle opportuniste de La Malédiction (Damien, la Malédiction 2, 1978), un remake calamiteusement réjouissant de Flash Gordon (avec Max Von Sydow en Ming et Queen au score) en 80 et surfer sur la passe « crédible » et bankable de Mickey Rourke (L'Irlandais, 1987), Mike Hodges entre en cinéma par le meilleur: un thriller british malpoli instantanément culte, combinant à leur meilleur un Michael Caine en vengeur en imper impec' et enthousiasmant de mauvaise humeur et un Roy Budd dans rien moins qu'une de ses meilleurs BO.
In-con-tour-nable.

DIEU PARDONNE... MOI PAS ! – Jeudi 2 Juillet – W9 20h35
Giuseppe Colizzi, 1967 (Dio Perdona... Io No !)
Hâtivement amalgamé aux panouilles à fayots et en séries que le duo Spencer/Hill cul-et-chemiseront une décennie durant (et dont on vous entretenait là), DP...MP! en réalité un pur spagh', plein du folklore et des techniques en vogue dans le savoureux genre. Remballez vos zygomatiques (ou vos étroits a priori, comme le plus grand nombre (Inisfree et Tepepa, soutenez-moi !) et polishez votre artillerie les aminches: y'a là du rouquemoute à dézinguer !
Après Judge Dredd, jeudi dernier: la réévaluation de la semaine !

POUR 100 BRIQUES T'AS PLUS RIEN – Jeudi 2 juillet – France 3 23h05
Edouard Molinaro, 1982
De toutes les comédies d'Auteuil première manière, sans doute celle à tenir le mieux la route (qui n'a pas songé à la pendaison en revoyant Les Sous-Doués ?). En misant à nouveau sur le tandem qu'il formât avec Jugnot (Les Héros n'ont Pas Froid aux Oreilles, Némès 1979), s'appuyant sur le trust des écrans franchouilles que les garçons mènent alors (12 films à eux deux sur les seules 1981-82 !)et jouissant d'un vrai bon script de Didier Kaminka (la belle idée de la complicité des otages avec les braqueurs pour se partager le magot !), emprunt (en surface !) de crise ambiante et de décitoyennisation, Molinaro signait peut-être là sa dernière bonne comédie (26ème sur 27 années de carrière !) ?

IL ETAIT UNE FOIS... SAILOR ET LULA – Vendredi 3 Juillet – France 5 20h35
Auberi Edler, 2008
Du film de Lynch point en l'état mais un doc potentiellement assez excitant sur le plus hystéro-rock'n'roll des films du barré méchu. Interventions des plus à même de causer (pourvu que Nicolas se taise !): Angelo Badalamenti et la parfaite jumelle de l'ami Sonic Eric (même jour ET année de naissance !), la blonde et souvent étrange Laura Dern.
Soirée à compléter avec le DVD bonus de la belle édition DVD du film chez les hautement fréquentables larrons de Wild Side Video !

... on pourra aussi se refaire un costaud film de guerre à l'ouverture prodigieuse (le huge Patton, dimanche 20h40 sur Direct 8), une comédie sous-audiardesque et donc flanquée d'un titre à rallonge (un genre entier, là encore !), comme il en tombait trente lorsqu'on cognait dans un réverbère en 1975 (La Situation est Grave... mais pas Désespérée, dimanche 20h40 sur TMC), juger d'une preuve de plus que John Milius est (de peu !) meilleur scénariste que réalisateur et que Max Von Sydow fréquenta, au grand dam d'Igmar !, Schwarzie bien avant Sly (le massive heroic Conan le Barbare, dimanche 22h40 sur Direct 8).

Certains pourront encore observer le charismatique Pat Dewaere se frotter au pamphlet/poil-à-faire-se-gratter-la-République façon Boisset (Le Juge Fayard, dit le « Shérif », mardi 20h40, sur Direct 8), posture actante qu'il complétera cinq ans plus tard avec les Mille Milliards de $ d'Henri Verneuil, tandis que le prime 007 wiz Rodjeurmoure brillera surtout à nos oreilles, grâce à la BO de George Martin, faisant là jeu égal avec celles de Barry (Vivre et Laisser Mourir, jeudi 20h35 sur France 3). Martin Ritt enfin, s'essayant au western (d'après Elmore Leonard tout d'même) et faisant de Paul Newman un Hombre plutôt réputé, il nous (vous ?) faudra si possible le découvrir (à moins que les pros évoqués plus haut nous en découragent ?) !


25 juin 2009

Volt, Star Malgré Lui

Dans sa chronique lors de la sortie ciné, Vincent Avenel de Critikat.com pointait* que Volt était "un peu le croisement entre The Truman Show et Les Indestructibles – les recettes qui ont fait le charme de ce dernier film étant d’ailleurs pleinement utilisées. Ton cartoonesque, univers visuel stylisé très proche du film de Brad Bird… Mais n’est pas Pixar qui veut. De prime abord, les personnages sont bien écrits, prometteurs : le super-chien qui ignore qu’il n’a aucun pouvoir, la chatte des rues qui s’est construit une mafia de pigeons basée sur le deal « tu me nourris / je ne te mange pas », le hamster hyperactif téléphage… Mais là où Pixar parvient toujours à insuffler une humanité étonnante à ses protagonistes, Disney retombe vite dans la caricature. Volt devra comprendre qu’il est bon d’être normal, et pas seulement d’être un super chien ; la chatte Mittens va avouer que tout ce qui la tente, c’est la vie normale d’un chat domestiqué ; quant à Rhino le hamster, son côté absurde laissera bien vite place à une exaltation des valeurs de la famille et de l’amitié…".
Bien dit, tu l'as pas raté, mon toc-toc.
Il est surprenant en outre que, puisque Pixar a définitivement fusionné avec Disney, Lasseter persiste à vouloir faire vivre le studio "Animation 3D" de la Maison Mickey (responsable des très inégaux Chicken Little et Bienvenue chez les Robinsons et du calamiteux The Wild) plutôt que de consacrer toutes les énergies vers l'heureux laboratoire qui a vu naître Toy Story et Monstres & Cie. L'amalgame a d'ailleurs du coup innervé toute la promotion française du titre, donné pour le nouveau Pixar. Or il n'en est effectivement rien (et Avenel l'expose assez clairement).
Volt est donc, au-delà d'une hérésie linguistique pour la vente à l'international (le titre original, Bolt, signifie "éclair" et tout au long du film, vous êtes bons pour l'expliquer aux gosses, puisque les distributeurs français voulaient eux aussi, faire électriquement sens à tout prix !), une chose hybride, à l'arrière-train entre deux chaises.
Plastiquement honorable, voire davantage, rythmiquement souvent correct (exception faite de tout le final post-fourrière, catastrophique), soulevant des questions de bonne tenue (l'identité, la vie construite sur le mensonge, les arguments audimato-statistiques des executives télévisuels), le titre peine pourtant régulièrement, une fois son ouverture-uppercut passée (un prologue Indestructiblo-Bondesque fait pour en mettre plein la vue).
Alors à qui, à quoi la faute ? Le manque de charisme du clébard en titre ? L'embarrassant renoncement philosophique souligné par Critikat ? La sensation de déjà vu (multiples et flagrants emprunts aux prods 3D de ces 8 dernières années, (juste retour des choses ?) mais aussi motif du road movie (avec dessin sur carte !) un peu éculé)?
Un peu de tout ça, sans doute, mais dont on peine à motiver l'argumentation (à quoi bon les enfants ? Consacrons-nous à des choses nous exitant autrement !). Ce qui emportera tout de même Volt sur les sommets d'un panier mineur, celui rempli de choses tels Vaillant, Les Rebelles de la Forêt ou Nos Voisins les Hommes...
Mais à vaincre sans péril, cher toutou...
Chris Williams & Byron Howard (2008)


* en plus que WALL-E demeure
"la réputation la plus surévaluée de tous les films de la firme".

19 juin 2009

Morse

Tandis qu'on milleniumise à fond les ballons, qu'on toualaïte à peine moins, il est un grand petit film qui fait s'embrasser une scandinavitude à nulle autre pareille et une relecture toute contemporaine du mythe vampire qu'on semble avoir déjà oublié cinq mois après sa sortie française (déjà en retard d'un an sur le reste du monde !). Pire: vous ignoriez son existence, personne ne vous ayant vendu et revendu l'affaire, ni la liste des best-sellers de L'Express (d'ailleurs pas un éditeur français n'a cru bon de traduire Lindqvist !) ni le Top Three de Canal +, trop occupés à vous parler de ce que vous connaissez déjà ou devrez connaître à force de matraquage...
Bidibulle, émérite et mordante compétitrice de notre connaissance à tous (elle rafle partout ou elle passe ?!), baisse sa garde gameuse un instant pour chroniquer à notre place (réparer l'odieux manquement ?) un film (choc ?) promis à notre grand hall of fame made in Göteborg !

Je crois que mon intérêt pour les « non morts » s’est éveillé le jour où j’ai été si impressionnée par un acteur-vampire aperçu à la télévision par l’entrebâillement d’une porte (je sus plus tard qu’il s’agissait de Christopher Lee). Dés lors je n’eus de cesse de « dévorer » tout ce que la littérature ou le cinéma pouvait bien me délivrer sur le sujet.
Mais ces dernières années, le mythe s’est effondré. Ce n’était pas qu’une quelconque maturité m’ait enfin mis la main dessus, mais une sorte de dégoût prononcé pour les fioritures ; un ras le bol total pour les candélabres, les tentures de velours et les miroirs vénitiens: Trop de baroque tue le baroque, l’esthétique avait fini par bouffer le propos.
Et puis, Morse.
La Suède, la neige, le début des années 80 (c’est la BO, délicieuse, qui nous l’indique, dont le fameux Flash in the Night de Secret Service). De longs plans fixes sur les arbres, les HLM de la banlieue de Stockholm, une atmosphère cotonneuse aux couleurs glacées, bleu, marron, blanc, l’impression étrange que tout se fond dans la neige, même le sang. Enfin un film qui prend son temps.
Et pourtant tous les codes du film de vampires sont présents, à commencer par le titre « original », Let the Right One In, faisant allusion à l’obligation pour le vampire d’être invité à entrer ; le vampire sait voler, il brûle à la lumière, laisse deux trous dans la jugulaire de ses victimes… Alors qu’est-ce qui fait qu’on y croit ?
Tout cela ressemblerait à un conte si l’histoire n’était pas si profondément ancrée dans le réel.
Ici le vampire n’est pas un succube assoiffé de sexe et de sang mais une petite fille (ou pas) de 12 ans (depuis très longtemps), Eli, dont le vampirisme n’est pas perçu comme une malédiction mais comme une maladie.
Elle rencontre Oskar, autre enfant solitaire, victime assez consentante de trois bourreaux camarades de classe (ne cherchez pas d’enfant innocent, il n’y en a pas ici) et plus ou moins ignoré de ses parents divorcés (les adultes sont inexistants, réduits à une fonction nourricière dans tous les sens du terme)
De leurs deux solitudes va naître un amour platonique et irréversible, ils ne pourront plus vivre l’un sans l’autre. Il est toujours là le romantisme du vampire, emprunt d’une sensualité trouble.
Film sur l’enfance plus que film d’horreur (même si certaines scènes sont particulièrement violentes), conte initiatique et tragédie, Morse nous laisse un goût doux amer dans la gorge.
Bref c’est beau, doux, magnifiquement interprété, un de ces films qui donnent envie de tomber amoureux.
Alors qu’est-ce qu’on regrette ? On regrette le titre français qui évoque le moyen par lequel les deux enfants communiquent à travers le mur et qui est finalement assez anecdotique. On regrette aussi une scène où une des victimes d’Eli, en cours de transformation, se fait attaquer par une nuée de chats. Cette apparition soudaine d’effets spéciaux fait un peu tâche dans la justesse et la simplicité ambiante.
A part ça, moi je dis, il faut voir Morse, troisième long métrage du finlandais Tomas Alfredson, qui a raflé un nombre de prix considérable (dont le grand prix du festival de Gerardmer) mais qui ne fait pas partie de ces premiers de la classe qui énervent, bien au contraire. Tiré d’un best seller suédois dont l’auteur avait refusé plus de vingt fois l’adaptation jusqu’à sa rencontre avec le réalisateur, il fera bien évidemment, et c’est un peu triste, l’objet d’un remake américain déjà en préparation (Studios Hammer, bien sur…).
Tomas Alfredson (2008)

18 juin 2009

Appaloosa

COMING SOON

15 juin 2009

Morts Suspectes

Ainsi, à dix ans d'écart, Geneviève Bujold devait donc se trouver mêlée à deux cauchemars chirurgicaux...
Loin du fétichisme aussi envoûtant que dérangeant de Dead Ringers (Cronenberg, 1987), celui qu'elle subit chez Michael Crichton (s'inspirant d'un best seller de Robin Cook) relève davantage de la Pakulerie la plus contemporaine, du complot façon opaques multinationales le plus en vogue à l'époque (pensez au Traitement de Choc de Delon/Jessua !). Thriller d'abord foutument immersif et hyper-réaliste, il ne tarde pas à virer au cauchemar aussi aseptisé qu'anxiogène (on songe par fugaces et premiers instants à d'autres enfers féministement climatisés, tels ceux de Rosemary's Baby ou des Femmes de Stepford !), à une implacable course-poursuite à l'efficacité redoutable, ses effets étant appuyés par une BO arrivant soudainement (quasiment pas de musique lors des 50 premières minutes) et des efforts plastiques notables tant dans la réalisation (mouvements et axes d'appareil rompant spectaculairement avec la forme très classique, voire ouvertement télévisuelle, de la première moitié de métrage*) que dans la topographie et les décors (on se retrouve soudain dans un surréalisme industriel, faits de cuves et de canalisations, d'échelles et de bâtiments improbables (l'Institut Jefferson**), et on joue avec la dimension et les ressources assez terrifiantes d'un hôpital désert) et les dispositifs (la salle des corps flottants étant une acmé visuelle à la résonance durable, (que salope d''ailleurs une affiche par trop spoilante !) mais la séquence du Dr Wheeler se défaisant de son traqueur en le faisant crouler sous une flopée de cadavres décrochés du frigo vaut aussi son pesant de monoxyde de carbone).
Sans doute tient-on là, avec ce film d'anticipation volontiers angoissant (et visionnaire ?), le meilleur des techno-thrillers crichtoniens***, certes déjà plein de ses manières (celles-là même évoquées ici, à commencer par la rupture rythmique faisant un peu oublier les vues et ambiances initiales au profit d'un entertaining délibérément priapique et le grand discours du villain en chef (là Widmark, Coburn ailleurs)), mais aussi peut-être le moins ambitieux. Le plus resserré à tout le moins (il a le mérite de ne courir qu'un cheval anabolisé, celui de l'éthique médicale (ici le trafic d'organes cliniquement et occidentalement organisé, mais aussi une réflexion sur l'avortement et l'euthanasie)). Mais cette économie thématique ne serait-elle pas précisément la clé ? Hein, Michael ?****
Michael Crichton (1978)

* exception faite de l'ahurissante et réjouissante (de mauvais goût)
séquence de la conversation entre légistes,
tandis qu'ils découpent une cervelle à la trancheuse à jambon !

** en réalité un bâtiment de la Xerox !

*** malgré l'irritant du tandem Bujold-Douglas,
assez pénible (elle surtout !).

**** il ne répondra pas:
il renonça au cinoche en 89
et vient de calancher en novembre dernier !


11 juin 2009

Looker

Difficile de saisir pourquoi les distributeurs français tardèrent tant (3 ans presque !) à proposer la nouvelle et anxiogène techno-réflexion de Michael Crichton, authentique chaînon manquant entre les grands spectacles paranoïaques 70's (type Soleil Vert ou Rollerball), le fétichisme 80's de quelques esprits bienheureusement tordus (façon dePalma ou Cronenberg, qu'il préfigure presque (au moins Dead Zone et Videodrome)) et la prise de pouls techno-contemporaine (genre Tron). Ainsi après son parc d'attraction cybernétique décadent (in Mondwest), l'auteur se penche sur le cas de la publicité et de la propagande qu'il nourrit ici de subliminal et d'hypnose, qu'il soutient par l'imagerie de synthèse naissante et manipulatrice, et qu'il dénonce avec un certain sens visuel (l'ouverture du film et le tunnel explicatif central sont assez grisant plastiquement).
Pourtant, choisissant la forme d'un thriller haletant (dans lequel Albert Finney n'est physiquement pas crédible une seule seconde !) et volontiers confus sinon franchement bordélique (difficile d'en consciencieusement suivre la trame) héritée des grands classiques du genre (toute la veine post-North by Norwest, de Bullitt à Marathon Man), Crichton éparpille son propos et sa charge, multipliant les pistes de réflexions et de thématiques (on oublie en route les fumeux enjeux originels à propos de l'apparence physique, la philosophie de l'entreprise est volontiers élastique et s'avère volontiers sacrifiée au rythme et au timing), finit par perdre un fil qu'il égare plus encore lors d'une dernière demie-heure péniblement répétitive (quatre fois le même procédé dans quatre lieux différents !), articulée avec le plus parfait grotesque (on n'hésite pas à conclure les séquences par des dialogues calamiteux et démissionnaires tels j'ai réussi à l'avoir... ouais j'l'ai mis hors de combat, maint'nant allons-nous en ! ou tirons nous d'là, on a la fille !), et multipliant inutilement les registres (le comique volontaire « des protagonistes se flinguant dans les pubs pour céréales »).
On se plaît à imaginer le vrai bon film qui aurait pu être tiré d'un script de ce tonneau, l'univers étant pour le moins efficace et fascinant... mais trop de défauts minent finalement la production (vraiment correcte sur ses trois premiers quarts d'heure tout de même): gadgeteries vaines (le bide complet du pistolet Looker, surexpliqué, surexploité mais de manière absolument gratuite), procédés retrospectivement faiblards (user d'une star à cheveux blanchies pour camper le villain (Coburn ici, Widmark ailleurs), tueur stalkerisant (la pugnace main armée moustachue au service de l'odieuse multinationale semble n'être qu'un brouillon du personnage de Gene Simmons dans Runaway) et autres tics...
Reste cependant qu'à défaut de vrais bons films, le potentiel quadriptyque conçu par Michael Crichton entre 73 et 84 (Morts Suspectes – Mondwest – Looker – Runaway) constitue un regard intéressant sur les applications cyber les plus dévoyées qui soient, quand bien même est-il régulièrement rattrapé par les lois de genre dont l'auteur ne parviendra jamais à s'affranchir pour livrer un vrai grand film de SF.
Michael Crichton (1981)

10 juin 2009

Bonjour les Vacances

Brièvement évoqué lors de l'article « My Brother and I » sur seurtine, le film de Ramis l'était en son illustre qualité de comédie culte de notre bon ami Krapulax adolescent, tandis que nous lui opposions, nous autres, l'autrement plus happyfewo-psychotronesque Mort sur le Gril de Sam Raimi.
Cette question de comédie culte nous occupait diablement sans pour autant n'en avoir jamais établi les règles et conditions (nous nous trouvions alors en ère véhachesque et préweb bien sûr et l'accès à la crème alter-cinéphile était pour le moins malaisé, peu guidé et ouvertement compliqué en outre par les éditeurs vidéos bonnimentant comme les escrocs dentaires du fameux adage) et il me semble a bigre posteriori pouvoir en établir certaines, demeurant valide pour définir les cultes contemporains (et contredire quelques contre-emplois de ce terme foutument galvaudé).
Ne pas être un vaste succès populaire chez soi (exit Visiteurs et Ch'tis) et, mieux, être le plus confidentiel possible (Mort sur le Gril demeurant par exemple à ce jour le moins connu, à tout le moins le moins vu des films de Sam Raimi) nous apparaît comme la première et indiscutables des priorités.
Être hautement identifiable, par des partis pris formels, de tonalité, de sujet, de situation ou de dialogues (la punchline ou le gimmick sont souvent de mise en ce qui concerne les comédies) nous semble également assez impératif (même si cette dernière « clé » peut se montrer assez souple et fournir des alibis aux œuvres les plus hors sujet).
L'histoire personnelle, hautement subjective donc, que l'on entretient avec l'œuvre enfin y portant un sel rigoureusement indispensable (sans doute d'autres arguments pourraient être avancés mais que chacun se rapporte au préambule du Petit Livre des Films Cultes de Christophe Goffette pour y trouver un compte que nous ne saurions vous offrir ici gratuitement !).

Lorsque Krapulax m'opposait Bonjour les Vacances à Mort sur le Gril, je lui riais, du haut de mes 17 ans, au nez. Recta.
Pourtant les outrances d'un autre sommet culto-cartoonesque façon Raimi (il n'y est d'ailleurs pas pour rien !) fraîchement vu alors, Arizona Jr des Coen bros, n'étaient pas toujours si éloignées de certaines séquences du Ramis incriminé (surtout le passage familial avec Randy Quaid)... mais l'americanitude appuyée du script de John Hugues (béni réal des meilleures teen comedies des 80's mais je l'ignorais crassement alors) me tint en (bref) temps à distance (tandis qu'elle ne m'embarrassait pas autant, moins prégnante peut-être, dans Cannonball 2, titre entretenant à sa singulière et motorisée manière quelques correspondances avec BLV, à commencer par le gros point faible des deux entreprises: une arythmie patente entre les différents tableaux de la road-dramaturgie !), que le mauvais goût régulier du voyage (équivoques sexuelles, drogue, vannes anti-vieux, trasheries clébardes, morbide régulier...) ne tarda pas à bienheureusement gommer.
Comédie de mœurs (qui engendrera une improbable et laborieuse séquelle européenne * avec le pythonien Eric Idle et... Victor Lanoux !) assez symptomatique de l'esprit radiophonique puis éditorial du collectif National Lampoon's (que Ramis amènera jusqu'à sa forme cinématographique en rédigeant le script d'American College) offrant un joli panel de marge américaine (beaufs en caravanes, rednecks congénitaux, tontons fauchés et exagérément reproducteurs, racaille dépouillante,...), de situations courageusement too much et de rêve consumériste parcostandardisé (Disneyworld refusera d'ailleurs d'être ouvertement impliqué (mais le patron de WalleyWorld dans le film est un patent mix entre Roy et Walt Disney !) !), Bonjour les Vacances vaut bien mieux que les a prori qu'il pourrait susciter au préalable...
Edisdead le suspectant d'ailleurs dans sa mensuelle note commémorative, dans un bénéfice du doute aussi magnanimement talentueux que confraternellement visionnaire ! Bravo l'artisse.
Harold Ramis (1983)

09 juin 2009

La Ferme se Rebelle

Ou comment, 67 ans après Blanche Neige, l'aventure du dessin animé en 2D made in Disney, sortit par la petite porte... Engrangeant en France six fois moins que (le pourtant faiblard) Frère des Ours et seize fois moins que Nemo, ce titre hybride, plastiquement et philosophiquement paumé (en rupture avec l'ambition de prods telles La Planète au Trésor ou Atlantide, définitivement plus en prise avec les grandes heures 89-98 (la décennie du réveil après la traversée du désert des 80's), la Maison Mickey tente de recoller à l'honorable mood en cours chez Kuzco (pompant sévère les cartoons hystéros et post-modernes de Chuck Jones et Tex Avery)) lorgne tous azimuts, post-modernisant un max façon Shrek, hystérisant sans cesse à la mode Age de Glace et surmultipliant les pastiches spaghettis brodés de références ouésterneuses. Outre ce confus positionnement, l'affaire ne brille ni par sa partition (Menken dans un mauvais jour) ni par son rythme hasardeux. Seuls les fondamentaux disneyens font tenir la baraque un tant soit peu debout: vilain de légende (le yodler rouquemoute Alameda Slim que campe en VO le souvent impayable Randy Quaid) et sous-fifres drôlement incompétents (les frères Trouillards), seconds couteaux efficaces (Jeb le bouc, Buck le ch'val et Wesley, vil équivalent du fumier cocher de Pinocchio (tenu par le culte Steve Buscemi))... et épars moments de bravoure (générique, bagarre au saloon, poursuite dans la mine)...
Rien de suffisant cependant, la Maison mère n'y croyant même plus elle-même (distribution calamiteuse, impatience à se lancer corps et âme dans la 3D)) et ayant d'autres chats à fouetter (Roy Disney (vrai neveu de l'Oncle Walt !) rend les gants et Michael Eisner échappe de peu, malgré les chiffres redressés, au pilori des actionnaires pour haute trahison de l'héritage WD).
Plus anecdotique qu'ouvertement historique, ce chant du cygne en Grand Ouest, sans être une franche eau de boudin n'aura rien non plus d'une revigorante eau de feu, d'un bouquet final digne de ce nom... La petite porte, qu'on vous dit !
Will Finn & John Sanford (2004)

08 juin 2009

Sideways

C'est au tour de l'enthousiaste Sonic Eric de se plier à l'exercice de la critique chez autrui. Après Coolbeans, Vincent, Krapulax et Tepepa, le voici qui nous entretient succinctement de Sideways, tandis qu'il sortait tout juste d'une salle rochelaise. Le texte n'a pas été corrigé ni nuancé depuis, pourtant l'auteur semble avoir un peu bougé en regard de la production. Hélas il n'a pas eu le temps ou le courage de réévaluer l'affaire, la suspectant cependant supérieure à son avis à chaud... Louons d'un même élan dés lors son honnêteté et le risque approximatif encouru, mes frères...

Pas mieux filmé qu'un téléfilm, avec des couleurs qui feraient passer les pubs "Hollywood Chewing gum" pour des trailers de Mulholland Drive, un scénario si prévisible qu'on devine chaque situation rien qu'en fermant les yeux et une muzak inane (dieu sait que je suis pourtant un expert) dont même Russ Meyer n'aurait pas voulu pour Megavixens, Sideways semblait mal barré pour allécher le cinéphile en mal de sensations fortes. D'autant plus que l'argument oenophile fait long feu lorsqu'on mate la couleur frelatée de la plupart des crus que se tapent les acteurs. Mais heureusement, il y a Paul Giamatti.
Déjà repéré dans Storytelling et American Splendor, le bougre assure le service après-vente à lui tout seul. A peine plus sexy que Robert Crumb, moins déplumé que votre serviteur, souvent plus déprimé que Woody Allen mais infiniment plus drôle que Droopy, il donne le la pour toutes les prestations de losers passées, présentes et à venir. Sempiternellement le nez dans ses chaussettes, une voix de fausset désaccordée et deux gros yeux de mérous sous Xanax, il est l'anti-héros que se cherchait le cinéma américain depuis Hollywood Ending. On rêve de le voir maintenant dirigé par un vrai bon (Allen ? Les frères Coen ? Anderson ?) et non un anonyme tâcheron tout juste bon à diriger la troisième équipe sur K 2000.
Alexander Payne (2005)

04 juin 2009

Coeur de Verre

COMING SOON

29 mai 2009

Fitzcarraldo

COMING SOON

28 mai 2009

Canicule

Gravement infusé de l'Erskine Caldwell de La Route au Tabac (pousser jusqu'à Faulkner, ça serait un peu too much !), même si l'affaire tourne à la parodie absurde façon Charles Williams (Fantasia chez les Ploucs), cette ambitieuse allégeance au film de genre à la ricaine ne manque pas - hélas ! - de tôt louper son coche (grief applicable à d'autres Boisset, tel Le Prix du Danger !).
Trop plein d'intentions et de manières pour se contenter du 1er degré nécessaire à pareille entreprise, la production ne tarde pas à se trouver être ainsi un produit hybride, assez courant d'ailleurs dans le paysage frenchy d'alors (Rue Barbare, Diva, certains Mocky jusqu'au Polanski de fin 80's - le casting du film reflètant d'ailleurs très bien cette « couleur » contemporaine (Milo, Kalfon, Dreyfus,...), le cul entre deux chaises insatisfaisantes, hésitant entre hommage et parodie, tiraillé entre franchise dépouillée et envahissante exception culturelle (les dialogues trop écrits qu'Audiard place en bouche de Carmet le nostalgique d'Indochine, le vétéran adagesque du Tonkin). Proposant une sorte de western désenchanté (un Rio Bravo érotomane et morbide ?), mâtiné de fragrances poissardes empruntées au meilleur du survival 70's (comment ne pas penser à Massacre à la Tronçonneuse ?!), le titre pêche aussi par la mollesse du script (co-signé pourtant par cinq auteurs !!) qui néglige trop vite ses personnages (même les plus travaillés (background poétique et/ou mystérieux) et les plus profonds, tels ceux tenus par Carmet et Miou-Miou*, finissent par être aussi abandonnés par le script (dés que Miou-Miou quitte la ferme, son perso parfumé à la femme fatale décalée perd tout intérêt)...
Désamorçant bien trop vite ses enjeux par excès maladroit d'absurde et de poésie à l'européenne (naufrage patent du personnage campé par David Bennent (par ailleurs calamiteux !)), abattant ses cartes avec bien trop de précipitation, sacrifiant ses atouts sur de mauvais plis (le rôle de Bernadette Laffont et, plus encore, celui de l'étrange et suicidaire Muni, sont vraiment tués dans l'œuf), Boisset renonce, gâche et, comme disait ailleurs son dialoguiste, « éparpille façon puzzle » un sujet et un contexte potentiellement valables (le roman originel de Jean Vautrin est-il plus solide ? on tâchera de le savoir).
Pourtant, malgré encore et pour finir une réalisation discutable** (les séquences en ville sont assez faibles, voire carrément et ridiculement merdiques (la fusillade de l'Orléanaise Banque de Beauce***)), le seul fait de voir le minéral et magnifique Lee Marvin, offrir un chant du cygne à ses rôles chez Siegel et Boorman sauve l'affaire pour le cinéphile (ainsi que sa très bonne affiche), préférant le voir ici laisser filer sa fin de carrière que chez Menahem Golan...
Yves Boisset (1984)

* les deux meilleurs du film du coup, fatalement

** on passera sur la délicieusement ridicule (culte ?) partition de Francis Lai,
digne des meilleurs jingles de logos VHS (type Proserpine ou RCV...) !


*** qui paye donc ses culs-terreux céréaliers à grands coups de dollars !

26 mai 2009

Les Professionnels, prétexte/constat/résolution

Sans doute certains d'entre vous vont-ils s'étrangler avec leur cuillerée (en bois) de fayots mais je n'avais jamais vu Les Professionnels jusqu'à aujourd'hui.
Il n'en va pas de même avec nombre de films.
Non pas qu'en plus d'avoir tout lu et tout fait, j'ai en outre déjà tout vu, mais bien parce qu'elle s'avère bien congrue la fraîche part des nouveautés et des inédits dans cette interminable et pugnace colonne que commence à être EDaW - vingt gros pour cent, allez, guère plus !

Pourquoi cela ? serez-vous tenter d'effarouchement demander, vos beans recrachés. (il vous en reste un collé, là... non pas là, de l'autre côté !). Je serais bien tenté, sachez-le, de vous suggérez de vous occuper de vos oignons - ceux-là même qui auraient foutument accommodé vos haricots en sauce - mais je m'en tiendrais à une courtoise et relative honnêteté:
entre l'enclin paresseux et grégaire à parler de choses que l'on connaît déjà et, par extension, le goût que l'on a à les partager avec vous (les encensant ou les traînant dans la rigolarde fange !) depuis que la technologie jesaipascombien-point-zéro nous le permet, mais aussi la possibilité suspectée de faire frissonner une éventuelle vague générationnelle et/ou cinéfamiliale, ou à tout le moins une école de goût (ou encore un parcours cinéphile ?) et paf ! les choses sont déjà sur la pente fatale du serpent mâchouillant désespérément (mais avec une consciente application !) son extrémité: on se coltine quotidiennement des films déjà vus (et revus pour certains).

L'affaire n'est pas dramatique en soi (je pourrais voir, je pense, Spinal Tap, New York 1997 tous les jours ou Les Vacances de Mr Hulot), occasionne même d'intéressantes relectures ou redécouvertes, mais la vibration de la découverte (enthousiasmante) a toujours ce petit plus de grisant (lorsqu'elle est débarrassée de l'effet de groupe (rien ne me gonfle plus qu'un collectif consensus proclamé et satisfait) et/ou de buzz: nombre de publications et de blogs m'ont ainsi gâché (castré ?) mon No Country for Old Men, même repoussé un an après !). Pourtant, un tout petit quart de mes notes occasionne des premières fois... Gosh ! Damn ! A quoi joue-je ?!
Allez ! Ceci pris et même si le film de demain sera encore un rewatching, engageons-nous à plus de spectaculaire curiosité: 63 des prochains 100 films prévus en chroniques seront de ces premières rencontres, fraîches et (potentiellement) dénuées d'a priori. ! Paf again ! ca vous la coupe, les ramenards, hein ?!
Gageons qu'elles auront le charme, ces premières fois, et l'enthousiasme communicatif de ces crépusculaires Professionnels du jour, dont je ne vous aurais finalement pas parlé alors qu'ils le méritent amplement (Vincent from Inisfree, en pleine redescente cannoise, nous les évoquera peut-être en com' la semaine prochaine... allez, tous avec moi: Vin-cent ! Vin-cent ! Vin-cent !)
Richard Brooks (1966)

NB: cette note-confession s'inspire largement du travail de l'émouvant pop-questionnement qu'a dernièrement entrepris le tombouctien môssieur Coolbeans ici et . Grâce infinie lui en soit rendu. Et courrez vous y reconnaître, baltringues !

25 mai 2009

Elmer Gantry, le Charlatan

Malgré un nom qu'on imaginerait bien sur une palanquée de 33T d'accordéon pour baloche bien 70's, André Previn (né Andreas Ludwig Priwin) est en réalité un compositeur juif allemand ayant fui le Reich pour composer quelques partoches pas toc, telles La Belle de Moscou ou Beau Fixe sur New York (un titre à retenir, croyez-m'en !). Et cet Elmer Gantry qui nous occupe aujourd'hui et dont il avait pigé tout l'épique de l'affaire, presque plus encore que Brooks himself, si occupé à nourrir sa thèse et à brocarder son petit monde. D'aucuns, et parmi les plus fameuses autorités, voit en ce film le chef-d'oeuvre d'un réalisateur pas vraiment auteur et surtout amené à décevoir le monde qui avait tant misé sur lui à la fin des fifties puis des sixties. Authentiquement emballés par l'affaire, nous ne nous embarquerons pas à tant de la dithyrambe pas plus que dans a franche exégèse (vous en trouverez néanmoins un brin ici, lieu fort fréquentable s'il en est), la farouche volonté dénonciatrice de l'entreprise nous menottant un brin trop les mains pour applaudir à tout rompre. Il y aurait pourtant de quoi, de la performance exaltée de Lancaster (ka-ching ! un oscar !) à celle à peine moins négligeable de Jean Simmons qui paroxismise là son perso du sergent Sarah Brown (in Guys & Dolls) en cette sister Sharon Falconner, mais l'intention pamphlétaire (et les moyens parfois réducteurs ou simpliste spour la servir) embarrasse, nuise, empèse... plombe un brin, quoi.
Nous aurions su nous contenter de cette même histoire, admirablement photographiée d'ailleurs par le fort fréquentable et fichtrement Manno-Minnellien John Alton (La Brigade du Suicide, Un Américain à Paris, Allons Donc Papa !) à échelle d'homme et de femme, comme le titre l'est d'abord dans un premier et savoureux temps (la première heure, bigrement bonne), avant d'être emporté par la même exaltation que ses personnages mais pour dessouder du bigot et du prédicateur...
Décidément, les films à thèses... c'n'est point (trop) pour nous...
Richard Brooks (1960)

22 mai 2009

Blanches Colombes et Vilains Messieurs

Malgré la « faiblesse » (pas de francs hits, quoi) des chansons de Frank Loesser (seules Fugue for Tinhorns, Adelaide's Lament (par Vivian Blaine) et Sit Down You Rockin the Boat (donnée par Stubby Kaye), obtiennent un sursaut d'adhésion enthousiaste), en dépit de la « mollesse » des chorégraphies (les numéros de Vivian Blaine et les Goldwyn Girls sont un peu mécaniques et seule l'ouverture collective l'emporte un brin*) et nonobstant son timing interminable (2h30, gosh !), on est vite contraint de reconnaître en Guys & Dolls, comme le dirait papa, une fichue bonne comédie musicale. Trame savoureuse (gamblers meets Salvation Army !), transposition broadway-to-screen aux petits oignons (choix artistique du tout toc-studio, réécriture de talent par Ben Hetch et Mank himself), casting alléchant** et seconds rôles aux petits oignons, signature étonnante (Mank le fin psychologue aux commandes d'un spectacle huge et futile à la fois) et deux-trois morceaux de choix (l'ouverture, le faux enterrement de vie de garçon de Nathan Detroit, la bagarre de bal à Cuba, ...)... le tout supervisé par l'avisé Samuel Goldwyn, font en effet ce que d'aucuns appellent communément une incontestable huge piece of cheesecake (parlez-en à Sinatra !) de la culture new-yorkaise... A défaut du hall of fame de la comédie musicale, c'est toujours ça de pris !
Joseph Mankiewicz (1955)

* la séquence du tripot dans les égouts,
bien qu'amusante et bigrement proto-West Side Story,
s'avère un peu trop athlétique...


** pourtant longtemps difficile à mettre sur pied
(Gene Kelly est pressenti pour le rôle de Brando
- que Sinatra veut avoir pour lui –
et chacun voit en la présence du Stanislavskien Marlon
(troquant là son marcel de légende, sa casquette de cuir anthologique
et sa veste à carreaux de bouleversante mémoire
pour un costume croisée de caïd cyniquement flegmatique)
une foutue mauvaise idée de casting !)




19 mai 2009

Missouri Breaks

Si parmi les ceusses qui nous fréquentent, il en est un pour qui la chose ouésterne est une évidence (voir son œuvre ici *), c'est bien le gars Tepepa. A l'aise avec le spagh' autant qu'avec les grands classiques de Ford, Mann ou Hawks, le garçon n'est pas en reste avec le post-modernisme US le moins orthodoxe. Pour preuve son avis sur The Missouri Breaks dont il nous honore aujourd'hui:
Moins connu que Little Big Man ou Bonnie & Clyde du même Arthur Penn, Missouri Breaks est de nature à embarrasser les amoureux de westerns aussi bien que les fans du grand Marlon. Les amoureux de western d’abord, parce que Penn utilise le même ton ironique distancié, la même décontraction apparente que dans Little Big Man, le caractère initiatico-épique en moins, la surenchère dans le décalage en plus. La musique pop-rock (si mes souvenirs sont bons), le flirt très seventies de Jack Nicholson avec la belle Kathleen Lloyd, la part belle faite aux dialogues, tout concourt à déstabiliser l’amateur bousculé dans ses codes, à peine rassuré par les brèves et sèches explosions de violence sadique qui tranchent avec la touche iconoclaste de l’affaire.
Le tout bien sûr aggravé par la performance de Marlon Brando, en mode auto-parodique ingérable, imposteur grossier imbu de lui-même pour les uns, génie démesuré pour les autres, devisant dans son absence de barbe des litanies incohérentes et arborant des déguisements toujours plus anachroniquement savoureux. Pour un million de dollars, Brando improvise totalement et coule le film, mais il le coule avec élégance, avec classe et avec savoir-faire. Le spectateur en écarquille tout grand les yeux et en vient à trouver Jack Nicholson totalement effacé, ce qui est quand même un comble. Le résultat est bancal, entre film expérimental et hommage au genre, entre trip hippie très seventies et western naturaliste alors en vogue à l’époque (la démythification du bandit du fait qu’il rate ce qu’il entreprend, son aspect sale et anti-glamour, son absence d’habileté aux armes, son potager minable), Missouri Breaks ne sait sur quel pied danser et échoue alors à marquer les esprits autrement que par son étrangeté.
Dommage serait-on alors tenté de dire, mais dans la mesure où l’on serait bien en peine de décrire exactement ce qui ne va pas, ce qui manque ou ce qu’il faudrait changer pour que Missouri Breaks devienne un grand chef d’œuvre incontestable, on ne cherchera pas à analyser plus en détail les intentions du réalisateur, qui – de son propre aveu – laissa quelque peu filer son film du fait de l’impossibilité de diriger Brando. Un western décalé qui se mesure à l’aune de son étrangeté et du jeu déjanté d’une des plus grandes stars de cinéma de tous les temps, c’est déjà pas mal non ?
Arthur Penn (1976)
* hélas pas aussi régulière que nous l'aimerions !

18 mai 2009

Quand la Panthère Rose S'Emmêle

Sans doute le plus drôle des Pink Panthers (le meilleur ?), le plus culte* pour les fans à tout le moins (le premier, aussi classe et symptomatique des 60's fut-il, ne constituait pas un hilarious top pour autant).
Les corps ont pourtant vieilli (Sellers est même assez avancé dans la maladie (son humeur s'en ressentira souvent sur le plateau), nous en sommes déjà au quatrième épisode (imposé par le succès du précédent et annoncé comme l'ultime (ce qu'il ne sera, bien sûr et hélas !, pas)), les trucs et registres de la licence nous sont déjà presque tous par trop familiers (presque: le diamant du titre (pink panther) n'existe plus et le nom a étonnamment glissé de la pierre à ladite licence !) et l'enclin à parodier 007** s'annoncent pourtant aussi envahissant qu'embarrassant.
Le résultat (tourné en partie au château d'Anet, dans notre proche voisinage d'enfant !), perclus de private jokes et de références en tous genres, et tourné dans la plus grande et exclusive défiance (la production refusera de prêter des éléments de décors au fauché Gilliam qui met en boîte son Jabberwocky, de peur qu'on les identifient à l'écran !!) est pourtant d'une rare efficacité, Herbert Lom y sortant le grand jeu (et auto-parodiant sa performance dans l'Hammerien Fantôme de l'Opéra) et les séquences cultes s'enchaînant les unes après les autres (du combat avec le majordome Cato à l'assaut du pont-levis du repaire du villain en passant par l'interrogatoire fait par le « Pavlova des barres parallèles »)...
Quant à Sellers, plus transformiste que jamais, il en impose envers et contre tous.
Blake Edwards (1976)
* La fort fréquentable Cinémathèque de Toulouse
ne s'y était d'ailleurs pas trompée l'hiver dernier,
lors de sa zygomatiquissime rétro "Comédie Déjantées"...

** cela aurait du être pire encore,
la James Bond girl Maud Adams ayant abandonné
le rôle qui lui était écrit à la dernière minute
au profit mystérieux de la toujours insaisissable Lesley-Anne Down
(brunette bombasse et hautement télévisuelle
(Nord&Sud, Dallas mais surtout Amour Gloire & Beauté (548 épisodes)
et le cultissime Sunset Beach (348) !!)
ayant pourtant tourné avec P.Sellers, S.Connery, J.Wayne, H.Ford
et pour John McTiernan !)

15 mai 2009

Dr Folamour

Après un Bebel par Krapulax*, retour de Coolbeans pour nous entretenir d'un film par nous utres chéri itou:

La première fois que notre bien aimé Mariaque fit appel à mes services afin de rédiger une notule, c'était, je vous le rappelle, pour un film déjà notoirement antimilitariste. Un schéma se précise donc. Je dois, quelque part, figurer dans une liste secrète d'audio-blogueurs vaguement cinéphiles et anti-guerres prêts à écrire sur les films qui les bottent.
Mariaque connaissant mon admiration pour l'œuvre de Stanley Kubrick m'a commandé de revoir son Dr Folamour et d'en écrire tout le bien que j'en pensais.
Dont acte.

De Docteur Folamour, il y a beaucoup à dire. Comme de chaque film de Maître Stanley, d'ailleurs. A tel point que, je le confesse, je ne sais par où commencer.
Quelques faits peut-être pour se mettre en jambes... Il est le seul film "comique" de Kubrick et certainement pas le meilleur. Peter Sellers y tient trois rôles (anecdotique astuce de casting) et aurait même dû en tenir quatre sans une sale entorse à la cheville. Il est le dernier film de la première période de Kubrick, celle très influencée par les films noirs, celle de quand il n'avait pas encore développé sa froide grammaire cinématographique à base de symétrie obsessionnelle et de travellings en tous genres.
Ce que nous retenons du film se situe ailleurs que dans des choix de mise en scène. De ce point de vue, et comparativement aux chefs-d'œuvre esthétiques à venir, Docteur Folamour n'a pas un impact visuel fort. C'est surtout le traitement satirique d'un sujet si grave (surtout pour l'époque : dans les années 60, la course à l'armement entre les deux blocs a dû en empêcher plus d'un de fermer l'œil plus d'une nuit) qui retient notre attention. On aurait pu attendre de Kubrick qu'il nous refasse un film à la Paths Of Glory, pamphlet définitif qui dénonçait les absurdités des armées en temps de guerre. Mais Les Sentiers de la Gloire était un film qui montrait comment la guerre pouvait rendre les hommes fous. Et la guerre, c'est un sujet sérieux que Kubrick avait choisi de traiter sérieusement. Docteur Folamour, lui, est un film qui montre comment la folie des hommes peut mener à leur destruction.
Pour montrer cette folie, Kubrick a conçu un film fou où tout est caricaturé. La drôlerie constante des dialogues, le pouvoir hilarant du jeu de Sellers (la scène où le Président américain réveille en pleine nuit son homologue soviétique manifestement ivre est d'ailleurs la scène "au téléphone" la mieux jouée qu'il nous ait été donné de voir), l'enchaînement absurdement plausible des événements qui conduiront au pire, installent constamment une distance salvatrice entre la cruauté du constat que fait le film sur le danger de la manipulation de l'atome et ses spectateurs.
La grande réussite de ce film, c'est donc que son message (fort peu nuancé, c'est le point faible du scénario) réside autant dans son fond que dans sa forme. Oui, l'être humain est capable, par bravade, par fierté, parce qu'il a le malheureux réflexe d'organiser des concours de quéquettes à tout propos, de s'auto-détruire un jour. Pire même, il peut le faire au nom de la Paix et de l'amour entre les hommes. Et oui, il en a conscience, puisqu'il lui arrive même d'en parler dans des œuvres de fiction. Mais l'être humain préfère en rire. Il n'a trouvé que ça pour supporter sa propre bêtise.
Le même film sans distanciation, outre le fait qu'il aurait été insoutenable, n'aurait pas aussi bien décrit les paradoxes qui fondent nos natures humaines, l'inévitable incompatibilité entre nos "ça" et nos "sur-moi".
Docteur Folamour révèle en Kubrick un cinéaste freudien. Le portrait de ces contradictions intimes trouvera plus tard une expression plus définitive dans Shining ou Orange Mécanique, deux films du cinéaste plus explicitement (dans leurs scénarios) consacrés au sujet.
Stanley Kubrick (1965)
* que d'autres potentiels chroniqueurs
n'hésitent pas à faire connaître leur envie plumitive,
nous déterminerons ensemble sur quoi pondre !


14 mai 2009

Chinatown

COMING SOON

12 mai 2009

Vol au Dessus d'un Nid de Coucou

Si, par le truchement d'une nostalgie de e-bon aloi, nous nous en remettons à un certain temps (bientôt 20 ans !), celui immémorial où nous classions la vie entre ultimes préférences et, par opposition, conventionnels plébiscites grégairement plébéiens, nous vivions une existence où le "Double Blanc" des Beatles et L'Ecume des Jours de Vian valaient flamboyants étendards, brandis avec la même morgue définitive que celle dans laquelle nous nous drapions pour mépriser le gars Charron (suffisamment arrogant pour s'en satisfaire d'ailleurs !), usant pourtant des mêmes et vaines extrémités pour pinacler je ne sais plus quel 33T post-Barrett du Floyd !
Or, en ce temps certain d'absurdes certitudes, Vol au Dessus d'un Nid de Coucou complétait notre farouche trinité culturelle (nous ignorions alors la peinture mais Edward Hopper ferait vite son office !) en son état d'indiscutable, d'indépassable "film préféré" (nous n'avions pas encore vu Brazil*)...
Curieusement aujourd'hui, alors que le titre n'a pourtant pas pris une ride, lui, il semble ne jouir que d'un culte (un peu à l'instar de Johnny Got His Gun ou de Punishment Park) fondateur bien étroitement théorique et désincarné, comme un classique un peu trop muséumé (pourtant 7ème au classement IMDB et 33ème pour l'AFI) - il ne semble en outre guère plus ni d'actualité (peu voire point d'analyse en vogue sur le webosphère) ni constituer un franc incontournable** de la cinéphilie US 70's (une ligne - pas plus !- dans l'ouvrage de Thoret).
Œuvre ayant imposé Nicholson*** (avec Shining cinq ans plus tard) comme le performer que l'on sait (sa partition est pourtant assez équilibrée ici, plus que dans notre souvenir (ses minutes d'impro (dans le bureau du doc Spivey) assez remarquables !)), à la thématique assez huge (on n'est d'ailleurs pas loin de certains enjeux et reflexions (psychiatrie répressive, destructive, irresponsabilité du dément) du Juge et l'Assassin sorti ce même mars de 76), à la finesse éclatante (gros soin de casting et de caractérisations, ficelles habilement maniées) et à l'énergie fichtrement communicative, cette adaptation d'un succès de théâtre (lui-même tiré d'un bouquin plus hippie que politique) permet en outre au réalisateur fraîchement expatrié de tisser des analogies entre la machine à casser les individus qu'il trouva dans son sujet (bigger than life) et celle, européene, qu'il avait fui, une fois livrés ses Pompiers.
C'est malin, c'est humain, c'est souvent bien fait... même si assez arbitraire (quid de l'odieuse Miss Ratched: elle carbure à quoi la garce? pour quel idéal thérapeutique ? portée par quelle mission sociale ?) et exagérément "dramaturgé" parfois (ça se dit pas, hein ? Le mot j'veux dire, pas la récrimination...).
On pourra en outre mettre en parallèle avec ce Cuckoo's Nest le Shock Corridor de Fuller au contexte commun (asile et simulation) si l'on y tient... Ce que nous ne ferons cependant pas aujourd'hui (peut-être quelques commentateurs éclairés s'en chargerons généreusement).
Milos Forman (1975)
* ni n'avions chopé quelques suffisantes années de plus
et réalisé que toutes ces étroites conneries
étaient à nuancer d'urgence (nuancer seulement:
la hallofamite étant un trait caractéristique
indispensable au pop-cinoche addict !) !

** le problème se pose plus vastement encore d'ailleurs
avec l'entière oeuvre "américaine" de Forman !

*** et occasionné quelques cruels spoilers de cours de récré:
eh ! tu sais, et ben l'indien...


11 mai 2009

Le Juge et l'Assassin

Articulant une sorte de portait of a serial killer avec la radiographie d'une fin d'époque (la juste veille anti-dreyffusarde de La Commune), mêlant l'odieusement onctueuse manière d'un juge voulant à tout prix la tête de son suspect autant que les louanges de ses pairs et une charge-stabilo contre les nouvelles préoccupations administratives traquant hystériquemennt l'asocial et la dissidence (potentielle) des citoyens français, ce titre cousu de fil blanc n'occasionne que peu d'émotion, moins encore d'empathie.
S'il est évident que le réalisateur se range du côté du criminel, aussi atroce soit-il, criminel campé par un Galabru paresseusement césarisé pour sa performance contre-emploiesque - toujours payante (de Bourvil en Cercle Rouge à Coluche en pompiste) même si un peu facile (l'acteur y cabotine finalement autant que dans ses pires comédies !) -, sa posture et son positionnement paroxysmé lors d'un encombrant et incongru carton final mettant en perspective la petitesse numéraire des victimes de l'Eventreur en comparaison de celles des Mines de l'Etat, il est vite embarrassant de sentir une telle charge, un tel poids de thèse plombant l'affaire, leur motivation fut-elle romantiquement colérique et assumant son poids de politiquement non correct.
Démonstratif comme dans leurs plus mauvais jours (on dira même Tavernier historiquement aussi peu regardant que le Berri d'Aubrac à la seule fin « d'assurer le spectacle » ou d'appuyer son opinion), réalisateur et comédiens s'en sortent ici et là par la seule grâce à d'une ambiance paradoxalement convaincante (même si autant appuyée que le reste, des charges antisémites aux nostalgies colonialo-pédophiles (Brialy, seul perso un peu touchant)), de quelques envolées désarmantes (même si un peu systématiques) et d'un sens du romanesque que les décors, la reconstitution et le cinémascope assoient avec assurance (ces mêmes éléments serviront admirablement le supérieur La Vie et Rien d'Autre)...
mais trop de tape-à-l'œil et de complaisances pour étoffer la charge plombent l'entreprise en son sein, n'en déplaise aux plus tendrement naïfs, pour emporter une franche adhésion...
Bertrand Tavernier (1976)

05 mai 2009

La Jument Verte

Bourvil ne mit ses propres billes sur la table que pour trois films: il cofinanca ainsi la Mockyenne Cité de l'Indicible Peur (1964), un Autant-Lara l'année d'avant (Le Magot de Josepha) et surtout cette Jument Verte (autant Larienne qu'il est possible de l'être).
Autant-Lara ne mouillera quant à lui sa propre chemise (frileusement: il était prêt, par économie, à tourner La Jument Verte en Noir et Blanc !) que pour cinq productions, dont une ritalerie Bolognienne (La Corruzione, 1963), mais les siennes surtout, désormais difficiles à monter... car sixties. Oui, difficiles sixties puisque la Nouvelle Vague venue (les jeunes loups lui tailleront costard sur costard, fustigeant son cinoche à la papa), l'heure n'est plus à la coule pour le gars Claude (même si Gaumont et Poiré ne le lâchent pas).
Payé donc par trois passionnés d'Aymé (Alain Poiré l'indéfectible étant le troisième actionnaire principal) et tricoté par Aurenche et Bost avec l'aval du peu là regardant Marcel en chef (il conseillera tout de même de se passer des séquences dites des « propos de la jument » auxquelles tenait pourtant CA-L), ce conte grivois, truculent, gaillard, quasi-rabelaisien (on ne verra jamais plus Bourvil jurer et injurier de la sorte !) donne effectivement l'impression d'avoir 10 ans de plus qu'il n'a dans sa facture (sa tonalité c'est autre chose: il scandalisa les familles et le clergé de l'époque, qui obtint ici et là quelques interdictions, quelques boycotts à la corrézienne !)... Difficile voui, le visionnant, d'imaginer que 1959 (qui verra clamser Cecil B.deMille et naître Luc Besson, autant dire une page qui s'tourne) est à la fois l'année de ce canasson-ci et de l'A Bout de Souffle à Godard... de se figurer qu'un an auparavant sortait Mon Oncle de Tati ou Ascenseur pour L'Echafaud de Louis Malle... (mais en même temps, pour qui y regardera bien, on est assez en phase avec Les Misérables de Le Chanois ou Archimède le Clochard de Grangier, crus 58 itou...).
Pourtant ce n'est pas ces habituels griefs lancés à la face old school de la filmo de l'autre Cloclo qui ne nous font guère goûter à cette chevaline pièce (de La Traversée de Paris à L'Auberge Rouge, nous savons assumer notre autanlarie !) mais bien l'ennui qui pointe son naseau, passé une mise en place plaisante (les 20 premières minutes), celle installant la shakespearienno-postale guéguerre Haudouin/Maloret.
Les bottes de foin, fussent-elles égrillardes, finissent en effet par lasser et les atermoiements autour de « la lettre » usent sec à terme, d'autant qu'à un certain pompiérisme ne tarde pas à achopper une authentique médiocrité (formelle, tonale, rythmique); les sourires se font rares, enfin.
Et les apparitions émouvantes de Carette ou, plus encore de la moustache comaque d'Achille Zavatta ne sauraient suffire... et on se plaint à finalement trop peu voir Yves Robert (le Zèphe), une fois lancée son inaugurale réplique (ou presque), donnée anthologiquement à la vache qu'il tient par le licol: salope, t'aurais pas pu être bleue !
Claude Autant-Lara (1959)

04 mai 2009

Derrière la Porte Verte

A n'en pas douter, avec Deep Throat et The Devil in Miss Jones, le haut du panier du X américain (le Breaking It de Frazer et Svetlana, avec une Traci Lords de tout juste seize ans eut aussi honorable côte), le fréquentable, le revendiquable... le cinéphilic-friendly...
En savoir plus ICI et LA...
mais LA surtout...
Artie & Jim Mitchell (1972)

NB: Nous nous ferons plus diserts une prochaine fois,
autour d'un Brigitte Lahaie ou d'un Marylin Jess,
plus en phase avec notre histoire personnelle ...

03 mai 2009

Rage

En ces dernières heures avant que la grippe A (H1N1) ne nous fasse expectorer nos derniers glaires dans un râle des moins ragoûtants, s'envoyer le chef d'œuvre pandémsite de Cronenberg relève du plus opportun croquignolet. Pourtant davantage motivé par un fugace hommage à la hardeuse Marilyn Chambers (ze first porn star) récemment adpatrée (et dont nous ne maîtrisons -hélas- que peu et la somme de l'oeuvre et l'étendue des talents), ce revisionnage prit vite un drôle de goût de porc mexicain, tant le film colle à la plus parfaitement anxiogène des actualités.
Sans doute le plus Romerien des films du barré canadien (encore sous haut patronage d'Ivan Reitman qui lui suggérera l'embauche de la pornstar plutôt que de Sissy Spacek d'abord envisagée, et toujours financé par l'État Canadien (qu'il renflouera sacrément, ses premiers films engrangeant de réels bénéfices !)), avec ses pessimistes angoisses socio-sanitaires proches de The Crazies (1973), Rage creuse et élargit le sillon amorcé par le déjà fichument endémique Frissons (il reprend pour ainsi dire la situation où il l'avait laissée dans son précédent film) tout en humanisant sa caractérisation et en affermissant sa narration (aux vignettes de Frissons se substitue un récit presque tripartite et parallèle, relevant d'une écriture et d'un montage plus « professionnel »).
David Cronenberg (1976)

A SUIVRE

01 mai 2009

Videodrome

Aussi visionnaire que confus (Cronenberg qui jouit d'un budget plus confortable qu'à l'accoutumée doit le payer par une sortie hâtivement programmée et finit d'écrire son script tout en le tournant), ce film éminemment matriciel dans l'œuvre du bonhomme (il ouvre la trilogie sexo-technologisante que compléteront Crash* et ExistenZ** et impose le slogan de la "Nouvelle Chair", si emblématique de la dimension mutante de la filmo du canadien), ce brûlot ingrat mettant en garde contre le pouvoir de l'image n'a rien perdu de son efficacité 25 ans plus tard. On reste et demeure fascinés par sa poisserie snuffeuse, son sado-masochisme torve, son conspirationnisme artisano-facho (un peu comme si Afflelou s'apprêtait à coloniser les cerveaux du monde) et sa contextualisation sociale évoquant le meilleur de Bradbury ou de K.Dick: comment ne pas se montrer enthousiasmé par l'intégration du téléviseur dans la société désenchantée proposée par le grand David ? Téléviseurs remplaçant les singes savants pour les mendiants des rues, télévisionnages dispensés aux laissés pour compte dans de vastes missions (authentique secours cathodique !), intellectuels des médias ne communiquant plus que par écrans interposés,... le tout sans sensationnalisme ni épate-techno, l'époque demeurant bien ces early-80's d'un Toronto un peu morne et non pas une projection fantaisiste et trompe-l'œil qu'il eut été facile de mettre en place (ce même réalisme nimbait déjà la lutte des "télépathes" dans Scanners).
Le propos, décryptable sans décodeur, n'en demeure pas moins dispensé à un spectateur - qu'on exigera attentif et participant (un peu comme le lecteur de nos notes en somme !!) - dans une progression dramatique aléatoire, ne tenant debout que grâce à des climats prégnants, mais aussi par la farouche posture suggestive et immersive d'une narration qui ne passe que par le point de vue du personnage principal (et quand on sait qu'il est bientôt la proie d'hallus carabinées autant que de mutations physiques « réelles », imaginez le bordel !). Personnage campé par un James Woods de très très haute tenue (le reste du casting est un peu en-deçà, Debbie Harry comprise malgré un magnétisme évident).
La claque fut réelle en mai 84 (je ne dus, à la réflexion, le voir que quelques années plus tard, en VHS) - alors que le film faillit pourtant ne pas arriver jusqu'en France, la faute à une exploitation américaine catastrophique -, mais surtout pour ses indéniables fulgurances graphiques (quelques fxs de Rick Baker, largement critiqués en leur temps (Tulard, Philippe Ross), mettent encore la tripe mal à l'aise aujourd'hui !). La charge politique et les inquiétudes contemporaines (snuff movies, manipulations subliminales, ...) ne nous apparurent bien sûr que plus tard. Pessimiste (qu'il suive les résolutions de Videodrome ou O'Blivion**, le spectateur est désormais télécommandé dans la moindre de ses décisions), désespérément pessimiste (il est plus vital d'avoir sa ration de téloche que de rata), fétichiste (le SM ambiant), désespérément fétichiste (aucune jouissance ne semble en ressortir, juste une fuite aussi vaine que morbide), Videodrome relève du plus noir des cauchemars (malgré les éclairages Suspiriesques (bleus et rouges) de Mark Irwin) et du plus ambitieux des films fantastiques... le 2001 cathodique, pas moins !
David Cronenberg (1983)

NB: de l'historique tortillesque ici
et du cinéclubosavant décorticage là.

* et l'écho des cicatrices vaginales !

** et celui de l'organic-gun !!

*** remplacer par qui vous voudrez: TF1 et Canal +, par exemple...

30 avril 2009

Hercule

Héritier direct du nouveau mood de la Maison de l'Oncle Walt - initié en 92 par le fort fréquentable Aladdin mais un peu abandonné ensuite - à savoir une radicale auto-dérision et une ironie de tous les instants, l'Hercule mis en boîte par Clements et Musker (la paire coupable du Génie bleu et de l'immense Jafar* !) surprend fort au lendemain du lyrique Bossu de ND et à la veille de l'épique Mulan (il marchera d'ailleurs moins bien que ces deux là).
En effet, ses efforts de second degré, sa rupture plastique et philosophique (un héros résolument abruti, auquel il est difficile de s'attacher, une « héroïne » tragiquement « traîtresse »), seule l'absolue réussite du villain Hadès (et dans une moindre mesure du satyre DannydeVitesque Philoctete) élève le film, de loin en loin, à l'occasion de séquences hystériques et réjouissantes (le débit de James Woods qui campe l'odieux ourdisseur est diablement bien repris par la voix de Dominique Collignon-Maurin (qui double Mark Hamill, Kevin Kline, Nicolas Cage mais surtout, d'une manière assez analogue à la présente, Gary Oldman dans Le Cinquième Élément**)).
Graphiquement assez laid (la sensation est pire encore lors des séquences intégrant une hideuse 3D telle le combat avec l'Hydre !), le titre joue la carte de la satire, de l'auto-satire même puisque fustigeant le merchandising, les produits dérivés et tout ce qui fait la force impériale des productions Disney de par le monde (y adjoignant dans sa charge les cartes de crédits vertement célèbres, les inévitables sodas et les chaussures de sports aériennes) et s'embarque aussi dans le complice principe de la citation ou de la référence.
Or si ces manières fonctionnent lorsqu'elles sont autocentrées (la dépouille de Scar, issue du Roi Lion) elles sont déjà plus poussives lorsqu'elles revisitent d'autres univers (Star Wars, Karaté Kid), tirant l'affaire vers une certaine vulgarité dont la maison mère n'a d'ailleurs toujours pas su s'affranchir à ce jour (le problème demeurait encore dans le récent Il Etait une Fois). Non pas que l'ironie soit interdite à Disney (et réservée au Shrekien Dreamworks ?), la preuve en est avec la culture des villains « grotesques » (entendez «comiquement contrariés », de Medusa à Jafar ou Hadès justement), mais elle ne lui est décidément pas naturelle lorsqu'il s'agit de farouchement coller au post-modernisme ambiant (quoique ce soit véritablement plus fin dans certaines prods Pixar telles Toy Story 2 ou Les Indestructibles).
Dés lors la production, hybride et le cul, comme son héros hésitant avec la Terre et l'Olympe, entre deux chaises ne trouve pas vraiment et son rythme et sa place... pour finir par déplaire plutôt (les faibles chansons (fadassement gospelisantes) de Menken ne facilitant en rien l'adhésion !)...
Ron Clements & John Musker (1997)

* mais aussi de la faiblarde Planète au Trésor qui leur coûtera oreilles
(un minimum chez Mickey !) et queue.

La crise de la 2D chez Disney ne sera pour autant pas solutionnée
puisque le dernier métrage à peu près valable demeure,
et ce malgré l'avis des farouches fans
de l'ultérieur Lilo & Stitch (Sanders/Deblois, 2002),

Kuzco, L'Empereur Megalo (Mark Dindal, 2000) !

** on le retrouve aussi avec plaisir au service
des méchants en chef de 1001 Pattes ou de Monstres et Cie.

Balance Maman Hors du Train

Malgré une œuvre (d'acteur, de réalisateur ou de producteur) pour le moins foutraque, et aux qualités diverses, ici on aime Danny DeVito. Ses responsabilités dans des choses telles Vol au Dessus d'un Nid de Coucous, Batman le Défi, Pulp Fiction, Bienvenue à Gattaca, Virgin Suicide, Man on the Moon (what a 1999 year !!!), Anything Else ou La Guerre des Rose (pour faire court), nous feront toujours passer l'éponge sur ses (plus) faibles Reitmaneries ou ses consciencieux renvois d'ascenseur Sonnenfeldien.
Lorsque le petit bonhomme se décide enfin à passer derrière la caméra (après une poignée d'épisodes télévisuels pour la série culte Taxi (laboratoire de Tony Danza, Andy Kaufman, Christopher Lloyd et DeVito himself) ou celle, Spielbergienne en diable, des Amazing Stories, dont il inaugure la saison 2 avec La Bague), il parvient à faire mieux (boxofficément parlant) que ses émérites confrères Steve Martin, Dan Aykroyd, Mel Brooks, Rob Reiner ou Joe Dante... et il faudra des poids lourds tels Schwarzie, Ed Murphy, Mike Douglas, Nicholson, Sean Connery, Mel Gibson, Pat Swayze ou Robin Williams pour le tenir en respect: 13ème film US pour l'année 1987, voilà qui est surprenant pour un film dont on se souvient à peine aujourd'hui !?*
Pourtant cette comédie noire, malgré un titre discutable**, s'avère une chose des plus fréquentables, au rythme soutenu, à l'enchaînement de situations plaisant et ne versant jamais dans les outrances possibles (à défaut d'être permises). Reprenant l'argument homicide de L'Inconnu du Nord-Express (Hitch, 1951) et le resituant dans une tonalité de burlesque 80's (le contexte « abus littéraire » n'est d'ailleurs pas sans rappeler le différend entre Woody Allen et Meryl Streep dans Manhattan), le titre fait la part belle à son trio d'acteurs principaux (DeVito, Crystal, Ramsey), savamment dosé, et soigne régulièrement une mise en forme faite de plans sacrément valables et de points de vue insolites. Drôle et hargneux (pas autant que le futur War of Roses !), le film prend cependant le temps de laisser une bienveillante chance à ses personnages (la collections de coins, par exemple), sans jamais les sacrifier hâtivement au profit d'effets quelconques - on concédera cependant peut-être que les personnages féminins ne sont pas aussi préservés que les masculins (l'ex-femme est hystériquement dessinée, la nouvelle fiancée paresseusement installée).
On reconnaîtra aussi que le train promis par le titre est une portion diablement congrue du métrage et d'un intérêt aussi faible que celui dont Landis use dans Un Fauteuil pour Deux.
Mais globalement la surprise est de taille... diamétralement opposée à celle du réalisateur (1m52, comme Toulouse-Lautrec, Sartre ou Shakira)
Danny DeVito (1987)
* C'est un peu le cas aussi d'Etroite Surveillance de John Badham,
vrai succès d'alors, évaporé depuis...

** et qui curieusement a toujours amené la confusion dans mon esprit
avec Y'a-t-il Quelqu'un pour Tuer ma Femme ?,
un faible ZAZ de l'année d'avant, avec DeVito itou.

28 avril 2009

Les Goonies

COMING SOON

Explorers

S'il nous faut (rien ne nous y oblige mais, paresseux que nous savons être, nous nous laisserons aller une fois de plus à la complaisance réductrice) augurer de la première moitié de la filmo de Joe Dante à l'aune de celle de Spielberg, nous constaterons sans trop nous casser la nenette que débutant sur les bases d'un remake à peine déguisé de l'un par l'autre (Piranhas pour Jaws) et se poursuivant par un vague négatif iti-esque (Gremlins pour ET), elle atteint son acmé œcuménique avec le plus méconnu Explorers, authentique CE3K de l'affreux Jojoe.
Foutument personnel (malgré le fait que la Paramount lui retirera le titre des mains en précipitant sa sortie sur le marché), sinon confessionnel, ce petit film (qui révélera Ethan Hawke et River Phoenix)...
Joe Dante (1985)
A SUIVRE



27 avril 2009

Hurlements

La légende, Fordienne ou pas, dit que Roger Corman répétait à qui voulait l'entendre l'adage suivant: quiconque réalise plus de deux films pour moi (la New World Pictures) est un foutu mauvais réalisateur !
Après Hollywood Bd et Piranhas, Joe Dante se voit tiré d'affaire puisque c'est Avco Embassy qui lui soumet le script de The Howling.
Sous des dehors un peu passéistes (le loup-garou n'ayant plus vraiment la côte*), le fougueux cinéphile à binocles veut à la fois offrir un titre rigoureusement post-moderne (presque Le film définitif) autant qu'un hommage respectueux au sous-genre poilu. Pourtant, dés l'amorce du film on constate que Dante semble renoncer à la teneur gothique et paganiste du courant lycanthrope, puisqu'il inscrit d'abord son intrigue dans un milieu terriblement urbain, entre Friedkin et Ferrara, et avance les pions d'une histoire davantage tournée vers le serial killing en Babel des vices (ici LA).
Cette première partie, souvent décriée par les puristes à nez court et un peu myopes de surcroît, est d'ailleurs d'une fort belle tenue (la séquence dans le sex shop est un petit modèle !), diablement immersive, et n'a que le défaut d'occasionner une rupture conséquente avec la seconde partie du film qui s'y emboîte (plus en phase avec son thème) assez curieusement.
Le titre ne s'embarrasse en outre pas de la moindre mythologie et joue la carte « moderne » de son sujet, presque alanmooriene (ou alanballiene, en regard de la série True Blood): les loups-garous sont rassemblés en une colonie** et ne manque pas d'interroger entre eux leur statut, tant social que philosophique, tout en se laissant cependant allègrement aller à leurs pulsions et leurs instincts les plus incisifs.
Les effets spéciaux de Bottin sont de belle facture (John Landis confisquera Rick Baker pour son propre projet à pleine lune) et la photo de John Hora leur rend une honnête justice. Dee Wallace, dans le rôle-titre, est aussi convaincante que le reste du casting (sauf peut-être Patrick MacNee, ventripotent et un peu paresseux) au point que Spielberg la retiendra pour jouer la mère d'Elliott dans ET, et c'est avec plaisir qu'on voit les débuts Dantesques de Robert Picardo ou la tragique mise à mort de Belinda Balaski, autre délicieuse sparring partner du réalisateur, au même titre que l'inévitable et so Cormanien Dick Miller (ici en drolatique libraire ésotérique guère convaincu du bien fondé de son office)...
Influencé par Mario Bava (les éclairages), Val Lewton (de manière plus philosophique que plastique) ou encore de Walt Disney - un jalon inévitable chez Dante (ici la transformation de Lampwick en âne dans Pinocchio devait rester à l'esprit de tous les membres de l'équipe) – et James Whale (les ruptures de ton si fréquentes chez Joe sont souvent expliquées par leur responsable à l'aune de L'Homme Invisible), Hurlements relève sans doute davantage du collage et de la manipulation éclairée (et roublarde ?) de motifs que d'une trame solide et orthodoxe au point d'en presque faire « un film d'un nouveau genre » comme l'évoquait le dessinateur Gahan Wilson. A tout le moins une date dans le Landernau fantastique ? Pour sûr !
Joe Dante (1981)

* Le fugace revival se fera d'ailleurs plus ou moins grâce à The Howling
(Landis et son Londonien mordeur,
ainsi que Larry Cohen et son moqueur Full Moon High
ayant été des projets parallèles ou la roue suçant)...
mettons que l'idée était dans l'air du temps, quoi.


** ils demeurent toutefois à l'écart des hommes ignorants,
qui n'ont pas intégré encore leur « état »



L'Aventure Intérieure

Dante voulait prouver qu'il pouvait réaliser un blockbuster classique, Spielberg s'était convaincu qu'il s'agissait là d'un script taillé pour Zemeckis et la Warner était convaincue que le film n'était pas drôle (elle voulait la peau de Martin Short))... autant dire que tous se trompaiten au sujet d'Innerspace !
Si la WB parvint à être calmée en faisant seulement virer le comédien Luca Bercovici (idéalement remplacé pour l'emploi d'Igoe par l'inénarrable Vernon Wells*), si Zemeckis refusa le sujet craignant d'être dans des eaux trop proches de Retour Vers le Futur, si le film s'avéra plutôt amusant (mentions aux indefectiblement Dantesques Kevin McCarthy et Robert Picardo)... c'est surtout le pépère Joe qui se trompait le plus: il était tout bonnemet incapable de faire un film « classique » (entendez « lisse ») !
Malgré les efforts quant à l'esthétique (la photo d'Andrew Laszlo est, à quelques exceptions près (les roses accompagnant Scrimshaw) on ne peut plus "blockbusteuse"), les retenues geek-cinéphiliques** et la rigueur rythmique de l'affaire, Joe ne peut s'empêcher longtemps de cartooniser son propos et de vite verser dans une certaine folie, jubilatoirement arbitraire et savoureusement foutraque.
Si le titre emprunte l'argument « technique » (mais guère davantage !) du Voyage Fantastique de Fleischer mâtiné de burlesque Tashlinien (que se passerait-il si on injectait Dean Martin ans le corps de Jerry Lewis ?) et offre par là même une comédie fantastique doublée d'un trépidant film d'aventures, il ne tarde toutefois pas à donner l'impression que le réalisateur est tenté de casser ses rutilants jouets, de disperser ses potentiels acquis et de filer dare-dare en roue libre, à l'énergie et à la folie pure (même s'il passe par des moments plus inédits (et grand public) pour Dante, telle la bluette « cruellement » ambiguë entre Jack et Lydia (sous l'oeil de Tuck), sorte de problématique hitchcockienne, façon Notorious ou Under Capricorn). Pour notre plus grande et morveuse satisfaction.
La chose a cependant vieilli, sans que l'on détermine vraiment en quoi (la VF*** ? les saoes ? (le late-80's est peut-être ce qu'on fit de pire...)), mais reste suffisamment échevelée pour assurer l'adhésion (l'exposition des 35 premières minutes est assez exemplaire, dans le genre). Et si l'on parvient à outrepasser le trio d'acteurs principaux (Meg, Martin et Dennis ne sont pas du goût de tous, y compris du nôtre...) pour se consacrer au rythme et à la cocasserie de la chose, le plaisir est immanquablement au rendez-vous (plus que le succès: le film, laborieusement distribué (la confusion vaut autant pour le contenu du film que pour son auteur puisque tous et toutes sont persuadés qu'il s'agit là d'un film de Spielberg), ne rencontrera pas vraiment son public en salles (presque six fois moins de recettes que Gremlins !) et ne sera repêché que par la bénie VHS !).
Joe Dante (1987)

* immense villain traînant son rictus
de Mad Max 2 à Fortress,
en passant par Commando ou Kiss of Death (soit une sorte de GR20 du culte !)

** telles ces irrépressibles apparitions caméiques
de Chuck Jones et de Kathleen Freeman...

*** l'équipe Bernard Lanneau (voix officielle de Dennis Quaid
mais surtout de Kevin Costner !),
Jean-François Vlerick (l'agacante voix de N°5 dans Short Circuit),
Virginie Ledieu (la Willow de Buffy
mais aussi une tapée de persos dans les Chevaliers du Zodiaque),
et l'immense Marc Cassot (Monsieur Paul Newman !)
sonne effectivement foutument 80's !



Enemy

Toujours entouré d'une proche équipe germanique (surtout à l'assistanat et à « l'artistique » (les décors, assez laids, de Rolf Zehetbauer semblent tout droits tirés de scènes coupées de L'Histoire Sans Fin * !), Petersen opère cette fois-ci pour la Fox, pour qui il reprend un tournage mal barré avec Richard Loncraine (David Lynch et Terry Gilliam furent aussi approchés, mais déclinèrent), et accueille sur les plateaux munichois du Bavaria Film Studios des acteurs en passe de devenir bankables (Quaid sort de Jaws 3D, de L'Etoffe des Héros et de Dreamscape et s'apprête à gentiment briller sur la fin de ces 80's). Et outre d'un tournage partant à vau-l'eau, le réalisateur s'empare également ce faisant d'un roman (de Barry Longyear, 1979) que sa mécanique narrative et empathique ne va pas manquer de singulièrement affadir.
Fable pompière à base de choc des cultures et d'isolement forcé (soit Duel dans le Pacifique meets Robinson Crusoe, réévalué via le prisme Star Wars (Willis Davidge a beaucoup de Han Solo)), le titre souffre évidemment d'un manichéisme encombrant (les extra-terrestres dracs, mystiques et pleins de sagesse, s'opposent pourtant aussi stupidement que les humains, cow-boys de l'espace sans foi ni loi ni héritage), d'une simplification épuisante (l'humanoidisme de ces mêmes dracs est poussé à l'extrême pour faciliter l'adhésion) aux enjeux métaphoriques plus didactiques que simplement limpides (tous les dracs sont joués par des blacks !), d'un recours systématique au larmoyant et, surtout, d'un manque cruel de rythme (ellipses soudaines (la fuite de Zammis), séquences avortées avant qu'elles ne donnent tout leur sel (retour de Davidge sur sa station spatiale) et rebondissements faméliques, à la mécanique rien moins que vide et archi-balisée (tout le faiblard final dans la mine)).
On ne jettera pas pour autant le bébé de Jerryba l'hermaphrodite avec l'eau du bain, quelques plans s'avérant plaisant et le projet ayant une ambition louable mais l'impression générale, qu'elle soit philosophique, dramatique ou technique reste et demeure dans un brouet trop peu rigoureux, une situation trop vague (des amorces pourtant, tuées dans l'œuf) et bien trop sage...
Wolfgang Petersen (1985)

* ils sont pourtant issus des rochers canariens de Lanzarote !
Mais quelques éléments, comme l'étang artificiel,
seront effectivement des éléments réemployés.


L'Histoire Sans Fin

Pour le plus grand nombre (et donc pas nécessairement la crème !) Die Unendliche Geschichte se réduit à son Main Theme musical, psalmodié sur des arrangements synth pop de Gorgio Moroder, par l'ex-leader des éphémères angliches Kajagoogoo (que le plus grand nombre de frangins français avaient rebaptisés - avec force mépris pour les différents brushings pas si timides des minets incriminés - Cage à Gogols), Limahl. Le film, sans être une foudre non plus, vaut pourtant un peu plus que cela. Baignant en pleine fantasy (l'époque y est bigrement propice, de Dark Crystal aux Livres Dont Vous Êtes le Héros (série interactive popularisée par Steve Jackson et Ian Livingstone à laquelle il est impossible de ne pas penser ici !) en passant par le Krull de Peter Yates), il est aussi un parfait témoignage de spiritualité germanique (le film n'a presque d'américain que ses capitaux Warneriens) et une aimable tentative d'allégoriser l'acte de lecture*.
Certes Michael Ende, auteur littérairement du titre originel, désavoua la chose et refusa de voir son nom au générique, certes encore le symbolisme est aussi hâtivement expédié (miroirs, correspondances entre personnages réels et leur alter ego dans le récit (le libraire = la tortue),... ) - bien plus qu'il ne l'est dans les versions cinématographique d'Alice au Pays des Merveilles ou du Magicien d'Oz, par exemple ! – que les personnages sont dessinés à la va-comme-je-te-croque... et seul un bestiaire sympathique (plus que les décors, vieillis) parvient à lier un tant soit peu une sauce initiatique par trop délayée, voire carrément arythmique (bouh ! quel sale découpage !) et négligeant régulièrement ses climax (le didactique « loup » Gmork est un authentique pétard mouillé tandis que Falcor s'avère un deus ex machina particulièrement gratuit).
Le casting, intéressant parce qu'anonyme, n'habite cependant pas plus que ça des personnages sommairement écrits (les mômes** viennent de la téloche (K2000, Hulk, Chips, Galactica, Huit ça Suffit et le nain indien Deep Roy n'a pas encore marqué les esprits comme il le fera chez Burton (Oompa Loompa, c'est lui !!), en ayant pourtant joué dans Le Retour du Jedi, Greystoke, Flash Gordon ou Quand la Panthère Rose s'emmêle) et trop de choses reposent sur de (vilaines) nappes de synthés pour marais désolés.
Pour le plus grand nombre (et donc pas nécessairement le plus perspicace !) Niekonczaca Sie Opowiesc (comme on dit en Pologne) se réduit à son Main Theme ? C'est un peu expéditif donc, mais c'est pas non plus, même si Rob Bottin a du se laisser influencer pour les fxs du Legend de Ridley Scott, beaucoup plus que ça. Non plus...
Wolfgang Petersen (1984)
* « aimable » seulement car la mise en abyme est bien faiblement articulée,
voire même, dans un sursaut de conscience,
péremptoirement artificielle dans les dernières minutes du film !

**Barret Oliver aura sa petite heure de gloire étendue 5 ans durant
grâce à Cocoon ou DARYL
(il sera aussi le petit Frankenstein de Burton dans Frankenweenie)